Chambre avec vue sur toi
Je cherche une chambre
Avec vue sur toi
Une chambre pour poser le crâne
Et ses ficelles,
Une chambre
Ouverte sur l’étoffe de l’étoile
Et un appui à droite
Pour surprendre la chouette effraie
Silencieusement passante.
Mon œil sera ravi.
Je cherche trois murs d’odeurs
Au centre desquels
On attiserait le feu,
En riant plus fort que la vague
Buvant
Des liqueurs moirées
Les bras lents
Sur le lit défait.
J’y enfouirai le rêve,
Ce que je sais déjà,
Le drame oublié,
Les graffitis habiles,
Une chambre vierge
De passants et de lamentations,
Une chambre avec trouée sur l’eau,
Et un quatrième mur
Pour y accrocher nos portraits.
Nath 24 avril 2012
Après vous, je chante aussi
Ce texte est né subitement, tel un vif argent, après la lecture de celui de Cribas ici :
http://cribas.fr/post/2012/04/21/Sensation-13-Le-soleil-ne-se-repose-jamais
Tu veilles bien trop tard chaque soir
Pour entendre le chant rouge
Si tu voyais mes yeux si verts
Lorsqu'aux limites nocturnes
Je tombe
Alors que statue d'écume
Sur le navire
Tu attrapes les pans du ciel
Pour les poser à mon jour.
Tu veilles la nuit, dors le jour
Alors qu'en tes poumons
S'ébrouent les embryons
Entends-tu quand je rêve
Que l'amour tombe
Des épaules en colère ?
Est-ce toi qui capture la lumière
N'oublie pas de m'en semer la poussière
A trois pas d'ici, nous la récolterons.
Tu parles bien trop tard, le soir
La nuit est passée, je m'étire
Sors de ma boîte
Attablée à ton abri,
Je déjeunerai à la mémoire.
Quand il fera sombre
Un peu plus
Que feras tu de ton langage
Ces soirs, ces nouveaux soirs
Poussant la reine si près du fou.
Nath
Avril 2012
les petites
Me désagréger
Afin que le soleil
Me reconstruise.
***
Se dépenailler du superficiel
- Il y en a toujours un qui colle aux ongles -
Et laisser le ciel
Se cambrer sur mes lèvres.
***
Où donc es-tu allé
Te frotter ?
Te voilà revenu
Les joues piquées
De vers-de-gris.
- tu as rouillé avec élègance -
Tu as du être grand et bien habillé, un temps
Ou tu l'as cru
C'est ça le pire .
***
Depuis peu, mais peu c'est relatif,
Lorsque le jour
Frappe d'un petit doigt aigu
A la fenêtre de mes paupières,
Ma première respiration de l'entre jour-nuit
Me rappelle que j'ai tout oublié.
D'ailleurs, je dors
Comme je vais partir.
La mort posera sur mon front
Une brutale caresse d'airain.
Et j'ouvrirai mes regards ailleurs,
Partout ailleurs .
J'aurai quitté les champs de blé
Et j'irai.
Et à nouveau j'oublierai.
Je n'aurai donc peut-être pas la mort si tranquille
Que je ne le pense.
***
Je pensais à vous il y a peu
Il y a un jour
Pour être exacte.
Vous n'avez pas écrit depuis .
Peut-être êtes vous en vacances de mots
Ou de maux.
C'est certainement identique.
***
Tout commence par une mer sombre
Et un radeau
Un horizon mouillé
Et un jet d'heures qui se jettent du bastingage.
Alors j'écris
Avant que la poussière vivante ne se noie.
***
Il faut que je détache toutes les cellules
Il est bon souvent
D'arracher les encres
Qui s'empèsent dans le refrain des jours.
Ainsi le rêve fait peau neuve.
***
Tout en étant près
Je suis loin
Et je secoue la tête
Comme pour chasser en douceur
Je ne sais quel insecte
Qui s'entête à butiner
La fleur qui pousse sous mes cheveux.
***
Parfois marcher sur des sentiers
porteurs de seaux d'ombre
C'est comme construire
Un palais de lumière
Et s'en asperger les cils.
Somme toute
C'est un maquillage très écologique
Sans aucun autre additif que le langage des lueurs.
Nath 7 avril 2012
Il sera deux fois à la conjugaison des dunes
Je ne sais quel jour
Tu t’es arrondi à mon épaule
- tes doigts de poussière ayant cerné
L’instant d’un œil.
Tu as germé ainsi
Sous mon omoplate
Et pousse rouge
L’aile d’un papillon .
La mer est grosse dans la bouche
Du temps.
Vois, frère debout ,
Ton bagage dans mon sang
Tu as décrispé la torpeur de ma poitrine
Lorsque ta cellule
A rejoint la collerette des jonquilles.
A
Mon sang anobli
Gigantesque poudrière,
Des sommeils de ruines,
Des fleurs coupées
Aux verres des convives
Et à droite,
Ton sourire de pierre
Laissant s’échapper les particules de tes vertèbres.
Je crois que j’entends dans le chant matinal du merle
Quelques lettres tombées du ciel :
« Il sera deux fois
A la conjugaison des dunes. »
Nath 29 mars 2012
Au calendrier de pierre
Et elle cherche ce qui
au calendrier de pierre,
Bouge .
- Trois pieds de silence -
La pivoine craintive et entullée,
J'entends,
Petits cris inaudibles sous le drap .
La vie a la jouissance dansante
Lorsqu'elle a la cheville
Enlacée par la lumière.
Faut-il prévenir les
Endimanchés aux yeux souples
Faut-il extorquer à la brume
Et au voile noir
Un rubis
A verser aux coupes
Des visages.
Des visages
Leur dire ?
Il y a au loin
Un navire en flammes
C’est ce que promettent les paumes
De la banquise.
Et juste au sommet de
Nos crânes
Ce quelquechose de sombre
Qui enjambe les barrières,
Nous souvient de là où nous sommes
Nous écarte un peu plus la moelle
Et nous oublie
Un trou à droite de notre ombre.
L’eau coule
Récupérée et sourde.
L’instant se grave
L' argile a le tablier tâché
Lorsqu'on assassine
Le chant matinal .
Et les joues
Réceptacle définitif
N’oublient rien.
Nath 21 mars 2012
Une vitrine de billes bleues
Miroir tendu à la mémoire, le sentier colle aux pupilles.
Les chatons argentés du saule avaient, est- ce par égarement, dérobé la ligne de lumière et refermé leur éclat dans les muscles de l'eau.
Je marchais, le visage aggrandi par les noces fraîches avec le vent.
il y avait cette odeur d'encens, échappée d'une proche église, habilement mêlée au froissement d'ailes des oiseaux blancs.
La minute s'en aspergea . Ne donnant aucune autre nouvelle que celles du sourire de la dame au manteau rouge et de l'homme au sang aviné, qui tentant l'équilibre sur son carrelage mouvant, tenait entre ses lèvres le mégot d'une rengaine :
" tu m'as brisé le coeur - et maintenant je pleure, euh non, je meurs...enfin, je sais plus..."
Devant la chute du ciel dans le fond de la barque verte, j'ai fait quelques emplettes à la boutique du silence. J'ai pensé nourrir tes yeux, mais aussi la pluie et les crocus.
Cette boutique est une caverne de pas grands-choses qui fait tenir la vie dans le fond d'un panier percé. Aucune petite clochette n'informe que le seuil en est franchi.
Celui qui n'y vend rien d'autres que des brises à la pièce, compte ses bocaux dans le fond du couloir.
Un signe de l'oeil suffit pour vous annoncer.
Une vitrine de billes bleues devant les yeux, j'ai désempli mes mains.
Je suis repartie un drap en moins sur le dos.
Nathalie 5 mars 2012
Faut-il se coudre les paupières ?
Dans l'entre vie-mort
Un gant de brouillard
Agrippant les joues de la nuit
Et la brume ,
Petite soeur sous son linge humide
Pose ses paumes
Aux vitres des horizons mauves.
La quête
Sous un poumon -
D'une forme
De vie blanche.
Le ciel -
Front de marbre
Dont les veines coulent
Sur les cheveux des peupliers.
Un instant -
Et l'ambre parle
Dans l'éphèmère - écrit -
D'une respiration.
Ecoute
C'est un affolement de première minute
C'est le son de vieux doigts
Fouillant des dentelles
Et l'oiseau
Porte l'eau
Au petit récipient qu'est son bec.
Loin, maintenant, si près
Des yeux d'enfants déchirés
Des gorges de poupées mitraillées
Des nappes de sang
Dressées sur les tréteaux
des terres arrachées
Et la mort , son cri silencieux
Elevée
Comme d'autres cueillent une fleur .
Le ciel porte ce manteau de cachemire
Brodé d'or et de noir
Dont la doublure
Tient prisonnières
L'odeur des égouts
Et de l'écume bleutée
Des criques restées sauvages.
Une coque déchiquetée résiste
- l'ancre dans la boue nauséabonde
Et la voile harcelée
S'entêtant à être frottée par les caresses
Aux portes de ce qu'on appelle Histoire -
Tel un embryon privé de cordon .
Faut-il se coudre les paupières
Et ne se blottir
Que dans les chambres pâles
Du coeur des roses ?
Lorsque des enfants finissent
Par ne plus hurler que des yeux ?
Nath
2 mars 2012
A tous les enfants de ce qui fait le monde...
Dans ce qui fait un nid
Au ventre
Une malle oubliée
Dans
Ce qui fait un nid .
Aux veines,
Cette coque de laine feutrée
Et
L'océan
Pour cisailler l'écheveau
Pendu à la nuit.
De la paille sur les pieds
Une ombre sur le soleil des avants
Mais avant quoi ?
La minuscule mémoire de l'herbe
Entrouvre le dictionnaire de mes cellules,
Un manège à chaque page
Un vertige à chaque ligne .
La colonne blanche
Des vertèbres - poussières
Chante à tue-tête
( à chaque instant son cheval de bois )
Les berceuses
Les draps blancs
L'enfant dort
Et j'attends
Et je couve le silence
Comme la mère-oiseau
A l'ombre des ramures .
Le calendrier sursautera
A la naissance .
Peut-être le chêne sait-il, lui
Ce que je ne sais pas
La gestation et le lait
Coulant sous le derme
Nathalie
24 février 2012
Il est trop tôt pour bouger, voyez-vous ?
Je ne veux pas bouger, je veux encore rester un peu là.
Je veux encore mes pieds dans l' herbe du ciel, je veux garder les lèvres aux seins des nuages. Je veux entendre le lait tiède empoché par la terre et même aussi les gerçures aux chevilles des prairies. Je veux la langue du givre qui a enclos l'oeil du bourgeon.
Je ne veux pas bouger.
Je veux du bleu , du bleu fou dans tous les miroirs, des statues recouvertes de velours et des milliers de pacotilles au cou de tous les hommes. Je veux des jardins avec des arbres de tissus, des racines en plâtre, des pommes vertes et jaunes, et des tapis de mer.Je veux des coquillages à mes oreilles, les chansons des sirènes et les poèmes des algues. Je veux des horizons souffres, des visages de poupée qui dansent sans honte et sans retenue dans la lumière hissée du gouffre. Je veux ramasser des visages et les embrasser dans l'immobile livre du silence. Je veux du vent, un vent violet qui embrocherait mes côtes dans un mouvement de joie intense.
Je veux là des fleurs aux pistils allant sucer la lune, et des masques pour libérer les étoiles. Des carnavals, des rires en cascade sous les parapluies, des voix qui font la course , essouflées et heureuses avec des gants de dentelle noire au bout des yeux .Je veux toutes les images se lever des papiers, tous les orchestres les plus insoumis, les chefs d'orchestre à la baguette coureuse après la brise.
Je veux des anges et des sorcières, des ricanements et des lèvres douces, marcher sur les horloges, et construire un pont avec du sable et des galets, je veux voir Van Gogh éclater de rire devant moi et Rimbaud plonger nu dans une cascade, je veux laver les sols à l'encre, gratter la terre avec mes dents et peindre avec mes cheveux.
Je veux exploser, explorer les bancs de neige, danser dans le ventre des volcans et m'entortiller dans les coeurs des pivoines.
Il est trop tôt pour bouger , voyez-vous ?
Nath
14 février 2012
Il faut descendre pour rencontrer l'oeil
Il faut descendre
Pour rencontrer l'oeil
Gigantesque nombril
Imbibé du sang des labours.
Tout ce qui monte
Des tiroirs aux mâchoires serrées
Y ravine
L'insouciance
Comme le feu
L'or
Comme la boue.
Sous cet oeil bâillant à la lune
- Celle devant son miroir
De l'autre côté de mon jour -
Est assis sur la chaise rouge
Un Dieu à deux faces.
A son ombre
Des danseurs aux pieds oiseaux-lyres
Nus et violents,
Ivres de piment et de cannelle
y éreintent une nuit au hasard.
- Oh , que la neige est négligente
Quand le noir l'invite au bal
Et qu'elle perd les diamants
De sa robe décousue. -
Le ciel couché à mon dos
Poursuivie donc
Par le bleu
L'orange
La sécheresse et l'orage,
Le cou scellé
A la mémoire du trajet à venir
Je m'empreinte.
Nathalie 4 février 2012
